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23 août 2024 0 h 09 min

Vivre à l’aide de pinces, c’est une tâche complexe

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Rien n’est facile, tout est complexe et dans certains cas, c’est plutôt bénéfique. Au quotidien, mentionner la complexité des choses et du monde peut être utile. Parmi les divers euphémismes, ces acrobaties linguistiques permettent d’éviter d’être trop direct sur des sujets dérangeants, l’expression « c’est compliqué » est très populaire.

Les causes perdues, les défis insurmontables, les situations douloureuses, les conflits manifestes et le désordre patenté n’existent plus. Il y a seulement des choses qui sont compliquées ou, pour rajouter un peu de sophistication, ou même de mystère, complexes. « Entre elle et moi, c’est compliqué » signifie que la séparation est proche, si elle n’a pas déjà eu lieu. « Pour sa réélection, cela s’annonce compliqué » est un indicateur que tout est perdu.

Cette phrase universelle permet d’éviter de devoir clarifier le véritable problème et d’échapper à une situation embarrassante tout en décourageant toute demande de clarification supplémentaire. « Dire « c’est compliqué », c’est éviter le sujet, balayer la poussière sous le tapis, choisir une forme de retrait », estime Julien Soulié, enseignant et membre du Projet Voltaire, un service en ligne dédié à la maîtrise de l’orthographe et de l’expression.

Piège lexical.

Dérivé du terme grec euphemismos, « euphémisme » signifie littéralement « parler favorablement », ou plutôt « utiliser le mot approprié ». Il s’agit donc d’un mot de consensus, même s’il peut être considéré comme ténu. Les Anciens maîtrisaient parfaitement cet art de la parole vernie bien avant l’ère des communiqués militaires où les « bombardements » sont rebaptisés « frappes », ou encore le langage de gestion qui parle de « problèmes de gouvernance » pour masquer des conflits qui ne sont rien d’autre que des guerres de clans ou d’ego.

L’euphémisme est également présent dans notre langue quotidienne, notamment dans l’utilisation excessive de « un peu ». Cela atténue l’importance de ce que nous voulons exprimer. Par exemple, indiquer que nous allons « un peu » présenter un rapport ou « un peu » expliquer des plans signifie en réalité que nous n’avons pas l’intention de tout dévoiler. Cela donne l’impression que nous sommes une gêne.

Finalement, une mention spéciale doit être donnée à l’euphémisme non verbal agaçant. Lorsqu’on veut éviter d’assumer ce qu’on veut dire, en particulier si cela concerne des sujets un tant soit peu controversés, il est possible de lever les deux mains et de faire des guillemets avec les doigts. C’est un moyen de prendre du recul et éviter d’offenser, comme lorsqu’on parle de « milieux (dans le sens figuré) défavorisés ».

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